Une citation

UNE CITATION
A slow grin spread across Trent's face.
"I believe it's time for bed," he said conversationally.
"It's not even time for luncheon," she protested.
Her husband's smile hadn't a trace of that quiet darkness he usually carried with him.
"That was a ducal order," he clarified, eyes gleaming.
It was foolhardy to let him know how much she adored that commanding tone, so she just slipped from the table. He grabbed her arms.
My American Duchess - Eloisa James

dimanche 7 juin 2015

The Admiral's Penniless Bride de Carla Kelly

Harlequin - Décembre 2010
Résumé (traduction everalice) : Sally Paul est à la dernière extrémité. Alors qu'elle s'offrait une tasse de thé avec ses dernières pièces, histoire de se donner du courage avant de se rendre dans un foyer d'accueil pour miséreux, elle ne s'attendait certainement pas à se voir proposer le mariage par un complet inconnu.
L'amiral Sir Charles Bridge a mis fin à sa carrière de marin actif - et selon les critères couramment admis, il doit se marier ! Découvrant que Sally a besoin d'un foyer, il lui offre une solution... Ils se marient rapidement. Mais profiterons-ils de leur nuit de noces à loisir?
Ne vous arrêtez surtout pas à la couverture ou au résumé tartignoles, car ce roman est tellement plus que cela !
C'est toujours à regret que je referme les pages d'un roman de Carla Kelly. Comme si je quittais une amie, dont la voix aurait teinté le monde, les êtres et les choses de couleurs enchantées, vibrant d'un intense bonheur. Ce roman m'a encore une fois transportée : j'ai beaucoup ri, j'ai vibré et j'ai fondu, j'ai pleuré aussi, et je ne pouvais plus tourner les pages assez vite tellement j'étais immergée.
Comme dans tous ses livres, Carla Kelly raconte un monde très proche de la réalité, où des héros ordinaires se rencontrent et où peu d'événements romanesques arrivent. Mais que la vie dite ordinaire recèle de courage et d'actes de bravoures, de colère ou de bonté !
Nous sommes ici encore dans un monde d'après-guerre : le récit prend place en 1816. Le héros est un amiral de la flotte anglaise (nombreux sont les héros vétérans des guerres napoléoniennes chez elle), anobli, et qui a consacré 35 ans de sa vie à la marine, dont 25 ans en temps de guerre, un homme marqué dans sa chair, et dans sa sensibilité aussi, mais comme toujours, cela ne se ressent pas : Carla Kelly n'est pas du genre à faire pleurer dans les chaumières autour d'un pathos exagéré sur les affres du passé. Tout est effleuré, avec pudeur et tendresse, retenue et élégance, et un profond sens de tout ce qui peut être beau dans l'âme humaine. Qu'un homme de 45 ans puisse pleurer à l'évocation de tous ces compagnons morts n'est pas un effet de manche, juste une réalité qui devient bouleversante dans sa justesse. Ce qui est beau, c'est que cet homme fort, intègre, sévère, et assez démuni face aux exigences de la vie terrestre, à mille années-lumières de l'image traditionnelle qu'on peut avoir d'un héros de Régence, devient brillant, sous le feu des ses actions, de son esprit, de son caractère, et surtout du regard que porte sur lui Sophia.
Elle aussi est une petite chose dans la galerie de portraits à laquelle toute lectrice d'historiques est habituée : déchue, condamnée à la pauvreté, veuve de 32 ans, solitaire et sans avenir. Pourtant, elle devient, par la grâce d'une rencontre tout à fait insolite et d'une plume magique, une très jolie héroïne romantique. On retrouve chez elle les traits dominants des héroïnes de Carla Kelly : courageuse, tendre, dotée d'un esprit affûtée et pince-sans-rire, honnête, et profonde, elle devient la complice pétillante d'un homme en perte de repère.
Ces deux-là, ne peut-on s'empêcher de se dire, s'ils ne s'étaient jamais rencontrés, auraient fini leurs vies solitaires, inconnus, incompris, et profondément tristes. Comment ne pas ressentir cette joie solaire, à la fin de leur histoire, à l'idée de tout ce bonheur partagé? Moi, je vogue encore sur mon petit nuage !
Carla Kelly est une auteur tout à fait à part dans la romance régence. Chez elle, vous ne lirez jamais, jamais d'histoire dévolue à l'élite anglaise : jamais vous ne déambulerez aux côtés de la haute société aristocratique le long des couloirs ou des salles de bals britanniques. Elle choisit, toujours, de raconter l'histoire de gens que l'on pourrait rencontrer sur son palier (à quelques siècles près), mais, grâce à son immense talent de conteuse, à son sens de l'humour, du mot juste et du détail, son tempo, son attention aux petits gestes aussi, et surtout grâce à son intelligence du sentiment humain, elle en fait à chaque fois une histoire unique, qui laisse la lectrice étourdie et le cœur gonflé de gratitude.
Chez elle, comme chez les auteurs Régence qui privilégient le développement des relations aux grandes actions / réactions, (et là, je pense à Mary Balogh), le récit se construit patiemment autour de petits choses, de petits moments et de petites gens, toujours vibrants de justesse. Les scènes d'amour, par exemple, sont juste cela : deux personnes attirées l'une par l'autre, ou amoureuses, font l'amour, tout simplement. Mais on sent toute l'affection et la joie qui traversent ces moments intimes.
Plus je lis ses romans, plus je m'aperçois qu'ils seraient invendables en France vendus sous couvert d'harlequinade. Elle est tellement plus subtile, en un mot, tellement plus littéraire, que je la verrais plutôt traduite dans la collection Milady, aux côtés d'une Deanna Raybourne, d'une Julianna Donaldson ou d'une Georgette Heyer. Mais je pense qu'en fait, elle est inclassable, et que les éditeurs peut-être ne savent que faire de son talent.
En tout cas, si vous avez envie, dans votre parcours d'une lecture riche à la fois d'esprit, de romantisme, et de belle langue, je vous encourage à partir à la rencontre de cette auteur formidable : Mrs Drew Plays her Hands, Reforming Lord Radsgale, Summer Campaign, Marrying the Royal Marine ou With this Ring méritent amplement de leur consacrer quelques heures de lecture.
En deux mots, c'est de la lecture-récompense : on en sort gratifiée !
, 5 / 5

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