Une citation

"He already missed the innate gentleness that she tried to hide. Though she had been jaded in the past few years, it was still there lurking in her eyes, in her smile, and in the tender she touched him with awe, as if she had never considered that what they found together might exist." The Duchess Takes a Husband - Harper St. George

mardi 22 juillet 2014

Captive du harem de Marguerite Kaye


Tome 2 de la série "Princes de désert"
Harlequin - Juin 2013
Titre VO : Innocent in the Cheikh's Harem
Résumé éditeur : Egypte, 1818. Le palais d’A’Qadiz… En entendant ce nom dans la bouche du consul d’Egypte, Celia retient son souffle, l’esprit soudain assailli par de somptueuses visions de cours intérieurs, de soieries précieuses, de parfums capiteux. La nouvelle mission de son époux lui permettra, au moins, d’échapper à la vie ennuyeuse où celui-ci la cantonne depuis leur récent mariage. Mais alors qu’ils approchent de la principauté, leur convoi est attaqué par des troupes rebelles. Son mari est tué et Celia ne doit la vie qu’à l’intervention d’un mystérieux cavalier. Un homme au regard sombre en qui elle découvre qu’il est en réalité le prince d’A’Qadiz en personne. D’abord rassurée, Celia sent sa peur resurgir quand elle entend son hôte donner l’ordre de la conduire au harem. Certes, son statut de veuve la protège, elle le sait, mais pour combien de temps ?
Un détour en Orient, quand on vit en Bretagne, rien de tel pour dépayser son esprit et ses sens ! Sensuelle, douce et épicée à la fois, cette histoire m'a complètement charmée, aux antipodes de toutes ces histoires de salons londoniens ou de guerriers en jupes dont j'ai parfois l'impression de m'abreuver à longueur de temps.
Le conte des Mille et une nuits en arrière plan, avec ce fantasme très occidental, déjoué ici, lié au harem et à la sensualité orientale, la beauté du désert, la fraîcheur des oasis, les mille et une senteurs aromatiques des bains, des jardins, des plats, les couleurs et les textures des tissus et des peaux, tout un ballet des sens est conjuré pour raconter cette belle histoire d'amour entre un cheik progressiste et une jeune veuve anglaise, en ce début de 19ème siècle.
Chacun essaie de tenir son rôle, l'un, Ramiz, très princier autocrate, viril et fascinant à souhait, l'autre, Celia, princesse de conte, curieuse et futée. Puisque rien n'est possible entre eux, autant se cacher derrière les apparences. Trop d'impératifs les séparent, trop de différences.
Au fil des pages, l'auteur dessine une très jolie arabesque de sentiments, extrêmement charnelle, cernée de vibrants paysages, avec des scènes d'amour passionnées et diablement sexy, un dessin aux tracés assez fins aussi pour que les deux héros retiennent toute notre attention. Le prince et la lady font rêver, dans leur décor enchanteur.
Pari tenu, j'en suis la première étonnée, cette histoire d'orient m'a proprement envoûtée. Une magie certaine qui me fait poursuivre avec le tome suivant, en anticipant d'ores et déjà un savoureux moment de lecture !
,75 / 5




samedi 19 juillet 2014

Le chant de la louve de Rosanne Bittner


J'Ai Lu - Février 2014 (Réédition)
Titre VO : Song of the Wolf
Résumé éditeur : C'est un spectacle incroyable : deux cents guerriers cheyennes s'avancent en ligne, brandissant vers le ciel leurs lances décorées de plumes. Leurs visages sont peints et leurs torse nus s'ornent de perles multicolores. Louve Bienfaisante n'en croit pas ses yeux. La tribu au grand complet s'est rassemblée en son honneur pour venir la chercher, après deux ans d'exil chez les Blancs. C'est parce que la jeune fille s'est investie de l'esprit des loups que les Cheyennes l'ont envoyée apprendre la langue de leurs ennemis et se familiariser avec leurs coutumes barbares. En dépit de son âge, Louve Bienfaisante est une sage. Mais, pour l'instant, ses yeux cherchent Patte d'Ours parmi les guerriers. Il est là, encore plus beau que dans son souvenir. En songeant qu'elle va devenir sa femme, elle sent une étrange vibration parcourir son corps.
L'histoire
1846. La petite Eau vive a 6 ans, elle est choyée par la vie, entourée d'une famille aimante et se berce de douces rêveries. Lorsqu'elle se retrouve séparée de sa mère, et qu'elle survit, seule, pendant de longs mois,  une expérience inoubliable, de même qu'une rencontre écrite dans ses rêves, marqueront son destin à jamais. Rebaptisée Louve bienfaisante, la jeune cheyenne, au fil des années, participera d'une manière particulière à la destinée de son peuple, le guidant grâce à ses dons de prescience et à la connaissance du monde des blancs qu'elle aura durement acquise au long de deux longues années d'exil.
Tout au long de sa vie, Pattes d'ours, le beau guerrier, sera là pour elle, jusqu'au bout de cette histoire, jusqu'au bout de l'Histoire, au long des drames et des pertes qui jalonneront l'histoire du peuple cheyenne.

Mon sentiment
Je suis enchantée d'avoir lu ce roman qui m'a permis, même dans un cadre très romanesque, de faire connaissance avec le peuple et la culture cheyenne.
Fierté et intégrité, courage et spiritualité, sens aigu de la nature, du groupe, de la solidarité et respect de tous, à travers toutes ces valeurs qui transparaissent au fil de l'histoire, Rosanne Bittner leur rend un vibrant hommage qui fait drôlement mouche. On ne peut que ressentir une très vive admiration pour cette population qui a souffert si injustement des avancées techniques et de la cupidité des nouveaux colons attirés, entre autres, par la fièvre de l'or. Du premier chapitre, situé en 1846, au dernier, trente ans passent, trente ans durant lesquels les conditions de vie faites à cette population semi-nomade vont inexorablement se détériorer.
On lit ce roman sans reprendre son souffle, comme on lirait une épopée, car il s'agit bien de l'évocation d'un déclin. L'histoire d'amour, très belle et bien implantée dans son contexte (rien ne m'a heurtée dans l'histoire de Louve bienfaisante et de Pattes d'ours), s'imbrique harmonieusement dans les événements historiques. Quand la petite histoire illustre magnifiquement la grande Histoire.
Les héros, aussi éloignés de notre culture qu'ils soient, semblent très proches si bien qu'on ne peut que les aimer. Tous deux sont droits et passionnés, imprégnés par des notions très prisées par les cheyennes, comme l'honneur et le sens du devoir, tandis que le lien qui les unit est baigné dans une sorte de spiritualité un peu magique, à l'image du beau tableau nimbé de lumière dont rêve la petite fille au début de l'histoire.
Evidemment, il fallait s'attendre à quelques larmes, et aussi à un petit passage à vide après une lecture aussi intense.
Un sentiment de beauté plein d'émotion, conjugué à l'inéluctabilité de l’Histoire, ont fait de cette lecture un moment fort, un authentique voyage. En tout cas, une inoubliable rencontre.
, 5 / 5

mardi 15 juillet 2014

L'échappée belle de Mary Balogh


Tome 3 de la série Le Club des survivants
J'Ai Lu - Septembre 2015
Titre VO : The Escape
Résumé éditeur ( Traduction everalice) : Dans ce poignant roman de désir et de salut, une veuve pleine d'espoir et un héros de guerre endurci découvrent que la magie de l'amour leur promet de nouveaux départs. 
Après avoir survécu aux guerres napoléoniennes, Sir Benedict Harper se bat pour évoluer, son corps comme son esprit ayant besoin de soins attentifs. Ben n'aurait jamais imaginé que l'espoir viendrait à lui sous la forme d'une magnifique jeune femme qui a fait face à son propre lot de souffrances. Après la mort lente de son époux, Samantha McKay est à la merci de ses proches qui l'étouffent. Jusqu'à ce qu'elle imagine de s'enfuir au pays de Galles pour s'installer dans une maison dont elle a hérité. En tant que gentleman, Ben insiste pour l'accompagner au long de ce fatidique périple.
Ben désire Samantha autant qu'elle le désire, mais il reste prudent. Que peut offrir une âme blessée à une femme? Samantha est prête à suivre les chemins de son destin, à abandonner et à laisser derrière elle les convenances et la haute société dans son désir de conquérir ce séduisant soldat si honorable. Mais osera-t-elle offrir son cœur blessé aussi bien que son corps? Ils trouveront peut-être la réponse à ces questions dans l'endroit le plus improbable qui soit : entre leurs bras.
Lu en VO
Voilà une vraie belle histoire d'amour comme Mary Balogh sait si bien les écrire. Une simple rencontre, des contacts formels, puis une amitié peu à peu se construit, et s'ensuit alors une formidable opportunité pour un homme et une femme aux ailes coupées de saisir le bonheur.

vendredi 11 juillet 2014

Le ravisseur de Paula Quinn



Tome 1 de la série "Les héritiers des Highlands"
Milady - Juin 2014
Titre VO : Ravished by a Highlander
Résumé éditeur : Rob MacGregor était à mille lieux d’imaginer un jour frayer avec la couronne Anglaise, et pourtant…
1685. Davina Montgomery est le secret le mieux gardé de la couronne. Fille de Jacques II, elle a grandi au couvent pour y recevoir clandestinement une éducation catholique. Lorsque son père meurt, elle doit lui succéder. Après un acte de trahison terrible, son identité est révélée, et sa place convoitée par des candidats au trône prêts à tout pour la supprimer. Heureusement, Robert MacGregor, fils d’un puissant lord Écossais et futur chef de clan, va la tirer de ce mauvais sort en l’emmenant jusqu’à son île de Skye natale. Pendant leur périlleuse chevauchée, ils sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Bientôt, leur désir leur permettra de triompher de tous les obstacles.

Dommage, je me faisais une telle joie de retrouver Paula Quinn, après l'éblouissant Laird of the Mist, le tout premier opus de la série des MacGregor, que j'ai découvert en VO. En vérité, à la lecture de ce Ravisseur, je suis restée, tristement, un peu sur ma faim.
Si j'ai retrouvé avec plaisir l'écriture bien travaillée, voire même un peu précieuse de l'auteur, le tout reste plutôt classique, avec un héros décrit comme une grande brute revêche, mais que j'ai eu du mal à ressentir comme tel, et une héroïne un peu floue difficile à cerner. Je n'ai pas très bien compris sa situation familiale et son histoire familiale, un peu alambiquée. A ce propos, le résumé éditeur en dit bien trop alors que Paula Quinn joue savamment des interrogations que peut se poser le lecteur sur le secret de Davina. Du coup, l'effet de surprise à la fin d'un des chapitres de la première partie du roman tombe à plat. 
La relation sentimentale qui s'installe entre les héros est très simple, avec un côté évident et limpide que j'ai néanmoins apprécié. Mais la fin semble un rien bâclée, avec des obstacles entre eux trop facilement surmontés.
Côté scénario, cette histoire recrée une sorte de remouture de Laird of the Mist. Point positif, cela donne l'occasion de retrouver l'île de Skye et le domaine de la famille MacGregor. J'ai eu un petit coup au cœur quand Maggie, la sœur de Callum, le héros de Laird of the Mist, est décrite comme une "vieille dame", elle qui est toute jeunette alors, mais retrouver certains autres personnages de ce livre, et notamment Callum, m'a fait très plaisir.
La rencontre avec les divers descendants des deux premiers tomes m'a donné très envie d'en savoir plus sur leurs futures aventures. Paula Quinn est toujours divine lorsqu'il s'agit de faire interagir ses personnages masculins, mêlant humour et finesse, enrobé d'un certain côté rugueux fort viril et fort appréciable.
Donc je lirai la suite de cette série avec plaisir, d'autant que vient de sortir le tome 1 de la nouvelle série de l'auteur qui suit celle-ci, et que ce nouveau joli petit opus m'attend dans ma PAL VO.
Oui, car, la famille MacGregor, je ne m'en lasse pas.
, 5 / 5

jeudi 3 juillet 2014

Étrange complicité de Suzanne Enoch


Tome 2 de la série "Les rebelles"
J'Ai Lu - Mai 2014
Titre VO : Taming an Impossible Rogue
Résumé éditeur : Au lendemain d'une cuite carabinée, Keating Blackwood, en piteux état, doit écouter les malheurs de son cousin, le très snob Fenton : plutôt que de l'épouser, sa fiancée s'est enfuie pour travailler dans un club de jeu. Quelle honte ! Fenton irait bien la récupérer lui-même, mais les portes de l'établissement lui sont fermées. Si Keating pouvait raisonner l'insolente, il le dédommagerait généreusement pour sa peine.
Fauché, paria de la haute société, Keating n'a pas grand-chose à perdre en acceptant ce marché. C'est du moins ce qu'il pensait... jusqu'à ce qu'il pose les yeux sur Camille.
Après l'agréable surprise du premier tome, celui-ci m'a un peu fait douter. On y retrouve pourtant toutes ces choses qui m'avaient fait apprécier l'auteur et son univers dans le tome 1.
Deux héros mis au rebut par la société apprennent peu à peu à assumer leurs erreurs et à en retirer les leçons, tout en construisant une jolie relation d'amitié et de confiance. Keating, avec son humour à froid de grand susceptible a pas mal de prestance, malgré des côtés plutôt rebutants... Un pari risqué, d'ailleurs, car, surnommé Bloody Blackwood, il a tout de même tué un homme et se vautre depuis dans l'alcoolisme. Mais son souci de rédemption le conduit aussi travailler à la réparation de ses fautes, bon an, mal an, et ce grand spécimen de mauvaise graine éruptif gagne ses galons de héros quand même.
J'avoue avoir eu plus de mal avec l'héroïne, Camille, plus difficile à cerner et qui ne m'a pas particulièrement touchée - trop lisse et trop pâle malgré sa posture de rebelle, pas assez creusée à mon goût. Par contrecoup, je n'ai pas très bien saisi ce que Keating Blackwood lui trouve.
Au bout du compte, cette intrigue m'a paru un rien tirée par les cheveux et parsemée de maladresses. Certains personnages secondaires sont trop caricaturaux, avec cet ancien fiancé bête à manger du foin et tout gonflé de son importance ou cette famille si fielleuse qui aurait gagné à un brin de nuances. D'autres tirent largement leur épingle du jeu : le duc de Greaves parcourt l'histoire de sa nonchalance caustique et racée, et il me tarde de lire le tome 3 pour le connaître davantage.
 / 5

mardi 1 juillet 2014

Partie d'échecs de Suzanne Enoch


Tome 1 de la série "Les rebelles"
J'Ai Lu - Février 2014
Titre original : A Beginner's Guide to Rakes
Résumé éditeur : Oliver Warren a beau être un joueur habitué à masquer ses émotions, son coeur s'emballe face à Diane Benchley. La jeune femme désemparée qu'il a séduite puis abandonnée à Vienne deux ans plus tôt s'est métamorphosée en une ambitieuse décidée à lui faire payer sa lâcheté. Elle compte ouvrir un club de jeu à Londres avec l'argent qu'il lui prêtera. Et s'il avait l'idée de refuser, elle rendrait publique une lettre très compromettante. Furibond mais piégé, Oliver s'embarque dans cette folle aventure au côté de cette femme sublime qu'il a trahie de la pire façon, mais qu'il n'a jamais pu oublier.
L'histoire
Franchement, ce roman est une bonne surprise.
Ce que j'ai apprécié, c'est que l'histoire d'amour est presque cérébrale
Oliver et Diane, ont, en quelque sorte, sauté l'entrée et le plat pour passer directement au dessert deux ans auparavant. Échaudés l'un comme l'autre par leur relation passionnelle, trop jeunes et immatures pour mener l'aventure jusqu'au bout, ils se sont perdus de vue, l'un convaincu d'avoir fait le bon choix, l'autre complètement anéantie.
Diana, en deux ans, a eu le temps de fourbir ses armes. De jeune veuve sensible et vulnérable, elle s'est transformée en redoutable guerrière prête à tout pour s'imposer dans ce monde d'hommes, celui des clubs de jeux, incontournables lieux sociaux pour l'élite anglaise de ce temps. Prête même à signer un pacte avec le diable en la personne de son ancien amant.
Diana n'est pas de ces créatures fragiles qui peuplent les romances. C'est une femme forte, fière, qui remet continuellement Oliver à sa place, celui d'un étranger dont elle n'attend rien, si ce n'est une aide financière et logistique. Entourée d'une armée de jeunes femmes fragilisées par un monde cloisonné, elle fait de la création de son club le but de sa vie et son moyen d'accéder à une indépendance inattaquable.
Oliver est un drôle de personnage, une de ces personnalités que je trouve assez fascinante. Fin, diablement intelligent, manipulateur et retors, il sait analyser le jeu complexe que mène la belle Diana sans se laisser déstabiliser. Doté d'un humour caustique et rugueux, sa langue insolente est aussi acérée que celle de sa belle adversaire. Et de la finesse, il en faut lorsque, peu à peu, il prend conscience de ses désirs qui sont loin d'être réalisables pendant une bonne partie de l'histoire.

Mon sentiment
Certaines scènes sont vraiment très joliment racontées : le ballon, le bain froid, ou le plafond, par exemple. Suzanne Enoch écrit d'une plume alerte, teintée d'ironie, et sait mettre en scène des personnages très différents les uns des autres, et les nombreux seconds rôles donnent beaucoup de vie à l'ensemble.
C'est vrai que ce roman n'est pas très tendre. Ni très sensuel, ni vraiment romantique. En fait, l'écriture m'a fait penser à Cecilia Grant.
Diana et Oliver se séduisent par leur prestance et leur facultés d'analyse et d'anticipation, leurs jeux d'esprit et leurs défis. Chacun a une personnalité marquée, et vraiment très bien rendue, Avec beaucoup de défauts, certes, mais aussi une sacrée dose de bon sens, ce qui les rend au final assez attachants.
Cette entrée dans la série, avec la création, depuis ses débuts, du Tantale Club, m'allèche en tout cas assez pour que je poursuive avec les tomes suivants. 
, 75 / 5


dimanche 29 juin 2014

Kismet de Monica Burns

J'Ai Lu - Novembre 2014
Titre VO : Kismet (Janvier 2010)
Résumé éditeur (Traduction everalice) : Élevée dans une maison close, Allegra Synnford a vite appris que survivre signifiait prendre son destin en main. A présent une courtisane renommée pour son habileté dans les plaisirs de la chair, elle se jure de ne plus jamais être fragilisée par aucun homme que ce soit...
Le Sheik Shaheen des Amazigh a fui son passé pendant de nombreuses années, mais il n'a cependant pas oublié la façon dont une autre courtisane l'a poussé à abandonner sa vie en tant que Vicomte de Newcastle. Lorsque Allegra enflamme son désir, son besoin d'elle menace de mettre à mal sa nouvelle identité.
Entouré d'ancien ennemis, il sait d'expérience qu'il doit résister à ses charmes à tout prix. Mais Allegra doit jouer sa propre partie... contre un homme qui ne peut pas se permettre de perdre.
Lu en VO.
Voilà un historique qui sort de l'ordinaire et se laisse lire avec plaisir.
Le contexte d'abord m'a beaucoup plu. 
Nous sommes en 1893, au Maroc pour toute la durée du roman, sauf quelques dizaines de pages finales, et le dépaysement est assuré : Shaheen ("faucon"), cet aristocrate anglais blessé par son passé, vit totalement intégré dans une tribu d'Amagizh dont il a la charge en tant que Sheik. Autant dire que bon nombre de chapitres se dérouleront à l'intérieur de la tribu berbère, dont la vie est évoquée en toute discrétion et sans appesantissement particulier. Le mont Atlas, dans le lointain, à différentes heures du jour et de la nuit, la chaleur, les repas, les vêtements, les pans de la tente qui se lèvent au gré des souffles d'air, les magnifiques chevaux au caractère ombrageux et tenace, ou les quelques mots berbères qui émaillent le récit en imprègnent l'histoire avec légèreté et pas mal d'élégance. Monica Burns évoque aussi, comme une partie intégrante de son intrigue, les dissensions violentes et récurrentes dont les tribus berbères sont coutumières en cette période de colonisation par les français et les espagnols.
Ce qui est étonnant, c'est que cette vie simple et complexe à la fois, Allegra se l'approprie avec souplesse, comme si de tout temps elle lui était destinée.
Car tout dans cette histoire tourne autour du destin, kismet, avec la réunion de ces deux êtres farouches, têtus, volontaires et méfiants. Les deux héros ont des personnalités très marquées, tous deux ont vécu une vie jalonnée de difficultés, d'erreurs, de compromis et de mensonges. Mais leur rencontre était inscrite dans les lignes de l'avenir, et le tatouage au henné sur la main de la femme de feu, Allegra, en témoignera jusqu'à la fin.
L'histoire d'amour tient ici la première place et l'évolution de leur relation, très tumultueuse et empreinte d'une vive attraction sensuelle, est pleine de fougue et de retournements. Allegra sait faire preuve d'une détermination sans faille lorsqu'il s'agit de combattre pour sa chère indépendance durement acquise. A la fin de ce 19ème siècle encore empreint de toute le rigueur victorienne, elle a su se créer une place, controversée, certes, mais qui lui a permis de mener sa vie à sa guise, et surtout, d'en tenir fermement les rênes. Lorsqu'elle rencontre Shaheen, ils ne se comprennent pas, se méjugent et se repoussent tout en se séduisant. Durant des mois, leurs sentiments n'auront que peu de marge de manœuvre tant tous deux sont convaincus de ne pas devoir aimer. Autant dire que les scènes qui les rapprochent ou qui les opposent sont éruptives et passionnées. Shaheen est un personnage masculin autoritaire et très arrogant, avec un côté froid et abrupt, pendant la majeure partie de l'histoire, ce qui rend d'autant plus belle la scène durant laquelle il laisse parler son cœur et couler ses larmes.
Allegra, elle, l'amazone au courage infini, gagne en profondeur tout au long de l'histoire. On se rend peu à peu compte de ce que sa vie lui a coûté d'abnégation et de négation d'elle-même, et certaines scènes finales m'ont vraiment touchée, tant elle reste digne dans les épreuves qu'elle traversera encore pour gagner l'amour de Shaheen.
Les scènes d'amour, pas si nombreuses que cela, sont toutefois plus détaillées que dans les A&P "standarts", ce qui justifie son édition dans cette collection, d'autant qu'Allegra, experte dans l'art d'éveiller et de satisfaire le désir des hommes, en joue avec maestria.
Voilà donc une parution que je me ferai certainement un plaisir de redécouvrir en français. 
Denses, avec une vie intérieure passionnée et complexe, ses héros ne pourront pas laisser indifférents, surtout dans un cadre aussi peu convenu que ce magnifique désert berbère aux confins du Maroc. 
En attendant, je me réjouis de découvrir les autres romans de cette auteur en VO.
 / 5

jeudi 26 juin 2014

Le silence de Grey House de Deanna Raybourn

Tome 1 de la série "Lady Grey"
Milady - Mai 2014
Titre VO : Silent in the Grave
Résumé éditeur : Londres, 1886. Après avoir reçu une lettre de menace, sir Edward Grey s'effondre et meurt en la présence de lady Julia, son épouse, et d'une assemblée de convives. Quelque temps plus tard, Nicholas Brisbane, un détective privé au charme animal, rend visite à lady Julia et lui laisse entendre que son mari aurait été assassiné. Déterminés à démasquer le coupable, tous deux s'engagent dans une quête de la vérité qui se révélera aussi déplaisante que dangereuse...
Personnellement, je suis très fan des policiers historiques, et lorsqu'ils se passent sous le règne de la Reine Victoria, c'est encore mieux.
Autant dire d'entrée que je ne risque pas d'oublier de me procurer le tome 2, et tous les suivants de cette série.
Peu de romance ou de scènes romantiques, mais une histoire d'amour en latence, un peu improbable, nimbée de mystère et de non-dits, de silences et de dangers. Les deux héros, peu à peu, se dévoilent. Nicholas Brisbane est un merveilleux héros, complexe et raffiné, qui garde encore une grande part de mystère à la fin de ce tome. Lady Julia Grey, elle, se heurte à la souffrance des faux-semblants en cherchant la vérité. Or tout lecteur de policier sait que cette quête ne se suffit pas à elle-même, elle est aussi souvent porteuse de désillusions et de drames. Julia, qui tente de se (re)construire une personnalité et une vie après une existence calfeutrée, passée à étouffer en elle toute velléité de ressembler de près ou de loin à ces excentriques de March, sa famille d'aristocrates aux tendances scandaleuses, se demande de quelles couleurs elle parera ses ailes de veuve nouvelle. Un peu éteinte, un peu amère et plutôt désenchantée. En manque de repère. Et pas très clairvoyante, ni sur elle-même, ni sur les autres.
Nicholas Brisbane a su me faire rêver, avec son aura de héros romantique, ténébreux à souhait, cerné de surnaturel, d'intelligence pénétrante et de magnificence, son allure austère, glacée, et colérique, toute en passion rentrée et inexprimée.
L'écriture est très belle, maniant à la fois une espèce de désinvolture très british, un humour ténu et discret, et une verve intérieure dont je me suis délectée à chaque page, jusqu'à la dernière ligne. Le tout encadré de citations lourdes et belles, beaucoup de Shakespeare, dont la plus vibrante clôt pratiquement cette première aventure :
"Car où tu es, là est mon univers."
J'en frémis encore.
Ma question, maintenant, c'est de savoir si je vais me précipiter sur la suite en VO, incapable de me contenir tant j'ai hâte de rencontrer de nouveau l'éclatant Nicholas et la faussement conventionnelle Julia, ou si j'attends la magnifique VF qui rend si bien justice au style de Deanna Raybourn.
Encore une fois, bravo aux éditions Milady qui savent sortir des sentiers battus et nous proposer des textes de qualité.
, 5 / 5

dimanche 15 juin 2014

La belle désenchantée de Meredith Duran

J'Ai Lu - Octobre 2011
Titre VO : Wicked Becomes You
Résumé éditeur : Trop, c'est trop ! Abandonnée une fois encore par un amant inconstant au pied de l'autel, Gwen Maudsley, l'héritière la plus courtisée de Londres, décide qu'il est désormais grand temps de s'endurcir. Pour commencer, elle compte bien reconquérir sa liberté et s'affranchir des contraintes sociales. C'est inconvenant ? Tant mieux. Finies la gentillesse et l'abnégation ! Désormais elle ne pensera plus qu'à son bon plaisir. N'en déplaise à ce dévoyé d'Alex Ramsey qui, depuis la mort de son frère, se croit obligé de veiller sur elle.
L'histoire
Si j'avais eu le talent et l'envie de raconter des histoires, j'aurais choisi de m'appeler Meredith Duran, je crois, elle a pile le genre d'écriture qui me fait chavirer, m'émeut, m'étonne et me transporte. Une patte ciselée, un rien abrupte, sans fioriture, qui dévoile peu à peu la vérité de ses personnages, à l'image de ces mots, aussi vrais, résolus et sans fards, tout en pudeur et en finesse. 
Gwenn est le type d'héroïne que j'adore : elle ne se fait guère d'illusions sur elle-même, encore moins lorsqu'un second butor la plante ignominieusement au pied de l'autel. Riche à millions, sans doute quelconque physiquement, elle a pour elle sa gentillesse et son désir éperdu de reconnaissance affective... jusqu'à ce jour fatidique où la coupe est pleine, et où la demoiselle décide, dans un formidable élan libératoire, d'envoyer valser convenances et projets matrimoniaux, et de vivre "à la marge", de se frotter au vrai et de donner libre cours à ses envies et à sa personnalité profonde.
Alex, l'ami de toujours, l'homme providentiel, mais pas toujours dans le bon sens du terme, se trouve là, sur sa route... Celui, qui depuis toujours, pressent la femme en devenir que recouvre le vernis affable des convenances.
Alex sera le révélateur de la jeune pousse, comme elle deviendra celle qui fera tomber son masque de faux cynique et de vrai romantique. La Belle-Epoque parisienne accueillera nos deux évadés, nos deux amoureux francs et vertueux, cyniques un peu, mais pas tant que ça finalement, honnêtes, dégourdis, et déterminés. Et profondément touchants, tout pétris d'humanité, et tant leur histoire communique, par moments, ce type d'émotion un peu douce-amère qui fait qu'on ne sait pas si on doit rire ou bien pleurer.
Lorsque l'une étouffe dans ses corsets victoriens et s'affole d'avoir, toute sa vie, été abandonnée et confrontée à la douleur de perdre des êtres chers, l'autre se débat pour reprendre son souffle dans une course éperdu contre des liens qu'il juge aliénants, mais qui font tellement partie de lui, tant son sens de l'honneur le porte, l'affection qu'il porte à sa famille, ou la promesse faite à un ami mort.
Une casanière et un globe-trotter mus tous deux par les mêmes peurs et les mêmes désirs. Qui secouent à leur manière les chaînes des conventions sociales ou familiales. Qui sont traversés par les mêmes interrogations : que vaut la liberté face à l'amour? Lâcheté et solitude sont-ils le fruit de ce désir d'échapper? La personne que l'on aime, est-elle une entrave, une béquille imposée, ou le filtre magique au travers duquel le monde devient supportable?

Mon sentiment
Voilà une histoire étonnante et qui sort des sentiers battus, où les héros ne se tombent pas dans les bras au premier regard, mais apprennent à construire une vraie relation et un nouveau regard sur l'autre, où les décors criards du Paris du moulin-Rouge côtoient les tapis verts de Monte-Carlo, où les personnages secondaires tiennent une vraie place tout en conservant beaucoup de leur mystère.
Et où un homme et une femme, tellement attachants, émouvants et dignes, semblent si bien faits l'un pour l'autre qu'on voudrait poursuivre encore un peu l'aventure à leur côté. Quel regret d'avoir du fermer la dernière page !
Une vraie découverte, du grand art, un éblouissement...

, 75 / 5

dimanche 1 juin 2014

Une lady, sinon rien de Meredith Duran

J'Ai Lu - Septembre 2012 (réédition en juillet 2014)
Titre VO : A Lady's Lesson in Scandal
Résumé éditeur : Le cœur empli de haine, Nell Whitby s'introduit en pleine nuit chez le comte de Rushden qui, d'après les dernières paroles de sa mère, serait son père. Or ce n'est pas un vieillard qu'elle vise avec son revolver, mais un splendide jeune homme. "Vous êtes lady Cornelia, lui dit le nouveau comte, la fille légitime de mon prédécesseur, enlevée à l'âge de six ans. Et vous avez une jumelle, Kitty." Dans la foulée, il lui propose un marché: il l'arrache à sa condition d'ouvrière et lui rend sa place dans la haute société, en échange Nell partagera avec lui son héritage. Tout ce qu'elle a à faire... c'est de l'épouser.
Ce roman-là, c'est un coup de cœur et ma découverte du mois !
J''ai tout aimé et je l'ai lu d'une traite et pratiquement en apnée.
Voilà bien longtemps qu'une romance en français ne m'avait pas fait une si forte impression, merci la traduction, d'ailleurs, et surtout, merci à l'écriture percutante et incisive de l'auteur. Elle manie la noirceur et le cynisme d'une manière coupante et tendue, et donne de ses héros une image aux antipodes des héros victoriens habituels, bien loin de la mièvrerie et des facilités attendues. Ils sont âpres, emplis d'une sorte de désespérance, leur âme est noire ou grise, mais certainement pas blanche, et les lignes de leur destin sont brouillées et confuses. 
Leur histoire d'amour n'en est que plus magique, l'histoire d'"un alligator qui en repère un autre." L'histoire de deux êtres aux abois, matérialistes, inquiets et farouches, dont j'ai goûté l'aventure jusqu'au dernier mot avec délectation.
Une merveille ! A lire et à relire...
, 75 / 5