Une citation

UNE CITATION
A slow grin spread across Trent's face.
"I believe it's time for bed," he said conversationally.
"It's not even time for luncheon," she protested.
Her husband's smile hadn't a trace of that quiet darkness he usually carried with him.
"That was a ducal order," he clarified, eyes gleaming.
It was foolhardy to let him know how much she adored that commanding tone, so she just slipped from the table. He grabbed her arms.
My American Duchess - Eloisa James

dimanche 11 mai 2014

Otherwise Occupied de Shay Savage

Tome 2 de la série "Evan Arden Trilogy"
Autoédition - Juin 2013
Résumé éditeur (Traduction everalice) : Evan Arden est l'homme de main d'un chef mafieux de Chicago. Il vit sa vie au jour le jour avec son chien, Odin, pour seule compagnie. Il a eu des ennuis, et il lui faut travailler dur pour retrouver  les bonnes grâces de son patron., mais ça n'est pas si facile. Alors que les démons de son passé le hantent, il cherche le réconfort auprès d'un choix improbable, mais lui faire confiance le mènera-t-il à sa perte?
Il se bat pour oublier son passé qu'il repousse en maintenant la pression.  Pas autrement.
Evan Arden, 26 ans, tueur pour un grand chef de la mafia locale.
Grand, blond aux yeux bleus.
Cheveux coupe militaire, toujours rasé de près.
Contrôle et maîtrise parfaits de lui-même. Du moins, de l'extérieur.
Concentré, centré, efficace et affûté.
Un homme dont la descente aux enfers a commencé dès l'enfance, et dont l'expérience traumatisante vécue au Moyen-Orient a précipité la chute. Du mauvais côté de la vie.
Le cycle entier de cette trilogie va mener Evan Arden du seuil de l'enfer au Paradis : évocations de son enfance vécue dans un convent catholique, terribles réminiscences traumatiques, choix et erreurs de parcours qui plombent le personnage. Une autre histoire de rédemption, après Surviving Raine, au prix de souffrances et d'une lutte acharnées, décortiquée par Shay Savage qui met en mots les affres d'un héros survivant, autant victime que bourreau. Elle le dissèque, elle le malmène et l'aiguillonne comme une entomologiste qui dirigerait sa loupe sur un dangereux insecte. Et nous, on est bouche bée...
Nous suivons le périple d'Evan, cet homme mort au monde qui l'entoure, dans cette non-vie périlleuse de pourvoyeur de mort. L'absence d'émotions, il l'a érigée en système de défense viscérale. Car ressentir fait mal et peut détruire, lorsqu'on est hanté par un sentiment dévorant de culpabilité et de défaite, grignoté dans le secret de son âme par une bête qui ronge peu à peu tous les fondements de son être. Pour ne pas sombrer, il s'est défait de tout ce qui pouvait encore le rattacher au monde sensible. 
Evan Arden fait partie de ces héros à la fois glaçants, effrayants et fascinants, et complètement désenchantés. C'est une âme en perdition. 
D'une froideur aiguë et coupante, lorsqu'il tue de sang-froid des êtres humains auxquels il ne donne pas plus d'importance qu'à des moucherons, des êtres à abattre qui, paradoxalement, lui fournissent une raison et une façon de vivre pour lui permettre d'échapper à ses démons : planifier et exécuter font partie de ces occupations qui le canalisent. Avec le sentiment ultime d'avoir mérité tout en déméritant.
I feel like the end of  an A-Team episode when everything worked out, and the heroes goes all got to go home and live Happily Ever After while the bad guys were put in jail. Except, of course, I was the bad guy.
Whatever.
Rien ne vaut l'action, le levier de vitesse en prise perpétuelle, pas de temps mort, pas de repos, mais plus de sommeil non plus.
Car depuis sa fulgurante et unique rencontre avec Lia dans le tome 1, le monde sensible, ressuscité par l'expérience cataclysmique qu'il a partagée avec elle, s'agite et frappe à la porte de sa conscience : les cauchemars resurgissent, les angoisses, les malaises, les regrets, les remontées de bile et de noirceur. Evan se délite. C'est une cocotte-minute sous pression permanente, il est prêt à exploser.
Comme un enfant à la recherche d'un père ou nostalgique de la douceur du flan maternel, Evan ne se détend que dans de rares occasions : lorsque le big boss, Rinaldo, l'appelle par son prénom et en lui donnant du "son", ou lorsque Bridgett, la prostituée qui lui rappelle vaguement Lia, le tient entre ses bras. Comme un enfant perdu, dira Lia : "Evan needed someone to help him - to save him".
Lia la sauveuse, dont la figure hante le héros autant que ses cauchemars, Lia qui provoque les remous, les remontées de bile et de sable, mais aussi des images irréelles d'instants de bien-être volés à la vie. Celle qui, bien involontairement, libère la bête. Le tome 1, c'était bien le début de la fin.
Shay Savage aurait pu éditer les trois tomes ensemble, tant tout dans cette trilogie se tient. Dans ce tome 2, l'épisode central donc, on n'assiste pas à une romance à proprement parlé, mais si on prend en compte le récit dans sa globalité, le tout est bien une romance. Très noire. Avec un héros fracassé, qui flirte avec la folie, un personnage effrayant, parfois touchant, parfois sauvage, qu'on apprivoise peu à peu comme on apprendrait à parler une langue étrangère.
La narration est bluffante, car tout le récit est raconté en vision subjective, du point de vue d'Evan, et nous suivons pas à pas son cheminement jusqu'à la scène ultime, complètement hallucinante de violence et d'aspiration ultime à la délivrance. Clôturée par une touche d'espoir qui se concrétisera, heureusement, dans le tome 3.
Encore une fois, c'est un livre magistralement écrit. On passe par exemple de la description interminable et presque clinique d'un crime à une petite phrase anodine, qui fait l'effet d'une bombe, sur l'amour que porte le héros aux transports en commun ! Un décrochage affectif et narratif complètement perturbant. Le récit, pourtant dur par moments, m'a tenue en haleine et je me suis, en dépit de mes réticences, sentie partie prenante du devenir d'un héros qu'il m'était très difficile de trouver sympathique. Mais captivant, oui.
Quelle alchimie diabolique !
Si vous aimez les expériences fortes, peu communes, et les héros torturés et non consensuels, jetez- vous sur cette série. J'ai peu d'expérience des contemporains, mais j'ai tout de même l'impression qu'elle sort des sentiers battus. et le tome 3 a l'air de poursuivre sur la même lancée dans un remarquable effet de crescendo...
, 25/5



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