Une citation

UNE CITATION
A slow grin spread across Trent's face.
"I believe it's time for bed," he said conversationally.
"It's not even time for luncheon," she protested.
Her husband's smile hadn't a trace of that quiet darkness he usually carried with him.
"That was a ducal order," he clarified, eyes gleaming.
It was foolhardy to let him know how much she adored that commanding tone, so she just slipped from the table. He grabbed her arms.
My American Duchess - Eloisa James

mardi 10 février 2015

Elizabeth Darcy d'Abigail Reynolds

Milady - Décembre 2014
Titre VO : The Last Man in the World
Résumé éditeur : Dans Orgueil et Préjugés de Jane Austen, Elizabeth affirme à l'orgueilleux Mr Darcy qu'il serait le dernier homme au monde qu'elle consentirait à épouser.
Et si elle n'avait jamais prononcé ces mots ?
Dans cette réécriture d'Orgueil et Préjugés, Elizabeth consent malgré elle à devenir la maîtresse de Pemberley, déclenchant un jeu de chassés croisés qui risque de mettre en péril leur amour...
Quelle joie de lire enfin Abigail Reynolds, une auteur dont les variations austeniennes m'intriguaient depuis pas mal de mois ! Mais d'autres titres sans cesse, s'interposaient, et cette traduction, très bienvenue, m'a enfin permis de sauter le pas !
Enfin ! C'est le mot ! Car je m'en serais voulu d'être passée à côté d'un texte aussi beau au service d'un roman aussi novateur dans le genre, à la fois tendre, poignant et brillant d'intelligence.

"Et si... Et si..."
Et si, prise au dépourvu et piégée par les circonstances, Elizabeth avait dû accepter la toute première proposition de mariage de Darcy? Et si notre couple d"éternels amoureux de la littérature n'apparaissait plus dans leur béatitude romantique, mais en époux confrontés à la désillusion, au mensonge, aux compromis, aux doutes, voire au désespoir?
Une Elizabeth Bennett-Darcy, un peu sonnée et bâillonnée par les conventions, dès le premier chapitre, ne se remet pas de sa nuit de noces ni de cette intimité forcée avec un homme dont elle n'attend rien. Son aristocratique époux Darcy, aveuglé par un amour aussi fulgurant qu'égoïste, enchaîne les maladresses, même s'il reste, par ailleurs, très soucieux du bonheur de sa jeune épouse. Le jour où les écailles lui tombent des yeux, la réalité fait mal, très mal... Elizabeth ne l'aime pas, elle ne l'a jamais aimé. Elizabeth n'est plus elle-même. Désormais, elle n'est que l'ombre de celle qu'il a aimée.
"Au fil du temps, elle vit son regard attentif - que naguère elle croyait critique - laisser place à une expression de perplexité comme s'il ne savait plus quoi penser d'elle."
Les deux héros souffrent, et la lectrice avec eux, tant la langue de l'auteur confère de profondeur romantique et de justesse au récit d'une association vouée à l'échec.
Car Darcy se désespère, tandis qu'Elizabeth s'éteint.
"Il ignorait comment il allait survivre à cette nuit."
Il faut attendre le chapitre 7 pour que l'entreprise de reconquête prenne place : à ce stade, rien n'est gagné entre ces deux êtres qui ne se comprennent pas. Un long processus les attend, car ils devront tout inventer dans une relation initialement faussée et bancale. Mais, rassurons-nous, genre oblige, l'amour les attend au bout de la route. Tout l'amour. Car rien ne nous est caché. D'une manière extrêmement naturelle , avec pertinence et sensualité, Abigail Reynolds introduit dans cet univers préservé des scènes d'amour. Et étonnamment, alors que j'aurais craint d'être dérangée par l'évocation de la sexualité entre deux héros aussi sacrés du panthéon littéraire, j'ai plutôt trouvé que ces moments intimes donnaient au roman un côté très sexy et plus tendu que ce à quoi je me serais attendue.
Abigail Reynolds ne réécrit pas une version parallèle à l'oeuvre mère de Jane Austen, comme le font Elizabeth Aston ou Amanda Grange,. Elle navigue en pleine variation, au gré d'hypothèses sécantes, qui taillent dans la trame originale, au gré de multiples "et si"et donnent ainsi lieu au développement original d'une nouvelle histoire. 
Mais, et là, entre autre chose, réside le talent incroyable de l'auteur, elle réussit à y entremêler des passages, situations ou dialogues, du roman original. D'une façon incroyablement naturelle. Et, pour les fans, quelle jubilation, tout à coup, au détour de ce cheminement subtil et palpitant, de retomber sur ses pieds et de reprendre une grande bouffée de pure Jane Austen !
Le style d'Abigail Reynolds est magnifique : incomparable en fait, même pas comparable à celui de l'auteur de référence, car elle réinvente une langue à la fois délicate, incisive, sensuelle et très efficace. Les chapitres s'enchaînent, courts et fluides, et on n'a qu'une hâte, c'est de tourner les pages encore et encore et de se laisser séduire, de nouveau, par le couple mythique. Quant à la traduction de Louise Malagoli, après rapide comparaison entre les textes anglais et français, elle est tout simplement parfaite.
Bref, ce roman est un coup de foudre et je me réjouis de découvrir les nombreuses variations de l'auteur. Impulse and Initiative est attendu chez J'Ai Lu en juin 2015. Abigail Reynolds aurait-elle le vent en poupe chez les éditeurs français? Souhaitons-le !
, 75/5




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire