Une citation

UNE CITATION
A slow grin spread across Trent's face.
"I believe it's time for bed," he said conversationally.
"It's not even time for luncheon," she protested.
Her husband's smile hadn't a trace of that quiet darkness he usually carried with him.
"That was a ducal order," he clarified, eyes gleaming.
It was foolhardy to let him know how much she adored that commanding tone, so she just slipped from the table. He grabbed her arms.
My American Duchess - Eloisa James

mercredi 22 janvier 2014

Flowers from the Storm de Laura Kinsale

Avon - Mars 1992
Résumé éditeur (Traduction everalice) : Le Duc de Jervault est brillant - et dangereux. Sa réputation de témérité absolue et d'extravagance l'a fait surnommer "D de J" par les feuilles à scandales. Mais il arrive parfois que le plus libertin des débauchés soit irrésistible, et même ses plus infimes attentions fascinent la très protégée Maddie Timms. 
Puis un funeste jour , elle apprend l'affreuse nouvelle : le duc est perdu pour la société. Et Maddie sait que son destin est de l'aider pour révéler l'homme véritable qui se cache sous cette façade violente. Mais elle n'aurait jamais espéré que ses doux soins changeraient la vie du duc ainsi que la sienne de telle façon - que le besoin, le désir... et l'amour, les lieraient. 



L'histoire
Voilà le genre d'histoire qu'on referme le cœur empli de gratitude, serré, à l'idée de quitter les héros, écorché, étourdi.
Pourtant, avis aux amatrices du genre « sauvetage de héros très très amoché par la vie », ce livre ne génère pas du tout la même intensité dramatique que d'autres, plus denses et plus lourds. Ce qui n'a pas empêché sa magie de m'exploser à la figure.
Difficile de le raconter, tant je ne voudrais pas gâcher les attentes des lectrices tentées. Mais comment faire si je veux vous le présenter et vous en faire ressentir toute la force?
Le roman se situe dans les années 1820, vers la fin du règne de Georges IV, dans une société britannique toujours très corsetée par l'aristocratie dominante.
Sa Grâce Christian Langland, Duc de Jervaulx, y brille de mille feux : il en est l'un des joyaux, y jouissant de ses privilèges avec toute facilité. Surpuissant, sa fortune compte parmi les plus importante du royaume. C'est un duc, et c'est tout dire en un mot. Il est imposant, séducteur, très sûr de lui et de ses bons droits, mais aussi jouisseur (de femme ou de chocolat) et... coup de maître, c'est un véritable génie des mathématiques.
On fait sa connaissance alors qu'il se complaît dans les bras de sa maîtresse, enceinte de ses œuvres. Impénitent, insouciant et heureux de sa vie. Mais les premiers signes sont là : sa destinée ne va pas tarder à basculer dans l'enfer, toute sa vie et son être entier sont sur le point d'être ravagés.
Archimedea Timms, on s'en doute avec un prénom pareil, est elle-même fille de mathématicien, un père aveugle, qui manipule sans fin des signes mathématiques en bois sculpté, tout de tendresse et de rigueur morale. Dans la famille Timms, les règles quaker sont observés à la lettre : la vie y coule selon des préceptes stricts et de multiples interdits qui érigent autant de barrières protectrices autour de la communauté des « Friends ». Ceux-ci se réunissent régulièrement en Assemblées égalitaires, dévolues à des tâches exemptes de toute recherche de plaisir ou de vanités terrestres. Une vie de mérite donc, de dévotion, et de douce torpeur.
Depuis six mois, Maddie se fait l'intermédiaire d'une correspondance assidue entre le duc et son père. 
De fil en aiguille, la voilà, à l'occasion d'une imposante soutenance scientifique à l'Institut Royal des Sciences analytiques, aux côtés du Duc qui y expose magistralement des concepts surpassant les théorèmes d'Euclide sur les parallèles et qui le mènent tout droit aux étoiles et aux calculs sur l'infini.
Christian est un incroyable personnage, en quelques pages, tout est dit : maître de lui, supérieur à tous les égards, doté d'une puissance de langage et de pensée hors du commun, d'une présence magnétique et incontournable, le monde lui appartient.
La suite n'en est que plus impressionnante. Vertigineuse. L'écriture de Laura Kinsale, incroyable, nous fait percevoir dans ses moindres mouvements les frémissements de la crise à venir, et lorsque tout explose, on ressent, à la lettre près, la douleur, la confusion, la peur, la panique et la rage qui habitent le duc de Jervaulx. L'écriture elle-même se fait meurtrie, distordue et impuissante. 
A ce stade, nous n'en sommes qu'au tout début du roman. Le reste continue à monter en puissance. Et il devient dès lors totalement impossible d'abandonner cette histoire.

Mon sentiment
He could recognize a miracle when he saw one. 
Dernière phrase de l'épilogue. Moi aussi, me disais-je en refermant ce livre. Moi aussi...
Nous sommes Christian, nous sommes Maddie. L'un qui lutte pour survivre, déchirant de perdition, émouvant de justesse dans son apprivoisement du handicap et sa lente remontée de l'enfer. L'autre, pétrie de principes rigoureux, toute en altruisme et en empathie, se livre de toute son âme à cette œuvre de bonne chrétienne. Elle reconnaît la frustration, elle reconnaît l'humiliation, elle reconnaît la douleur immense d'un homme qui a tout perdu, il est sa Mission. Elle devient sa Voix  :
He already dreamed about her voice. It was like a river talking sliding between serene banks. When she spoke, the sounds made him close his eyes and imagine he understood. 
Loin, bien loin d'une imagerie facile de joliette petite histoire de rédemption, les héros ne cessent de passer du blanc ou noir , sans oublier toutes les teintes de gris possibles. Christian reste, malgré les sentiments de compassion et d'admiration qu'il peut éveiller, un être froid, fier et farouche, élevé et habitué aux privilèges dus à son rang, incapable de comprendre les ressorts de l'âme de Maddie. Il ne cesse de la provoquer, de la bousculer, mais, Dieu qu'il est touchant ! Magnifique jusque dans ses défaillances ! Jusque dans ses lacunes et ses erreurs ! Elle, elle est « un lys parmi les dragons » : loyale, butée, déterminée à mener pour lui le combat qui lui rendra sa destinée et sa vie, malgré les deux visions du monde complètement opposées qui les font avancer.
Jusqu'au bout, on se demande comment ils pourront se sortir de tant de chausse-trappe, avec une tension dramatique qui ne cesse de s'accroître. Laura Kinsale amène son personnage masculin au bord de la rupture, la relation avec Maddie ne cesse de s'effriter . Chaque pas ouvre un gouffre sous leurs pieds.
Seul, finalement, c'est seul que Christian entreprendra toutes les reconquêtes : courageux, malin, déterminé, audacieux, conquérant, empli de mépris et de hauteur. Splendide. Il devra se terrasser lui-même pour mieux terrasser ses ennemis. Malgré son insurmontable fragilité, et ses réels handicaps. 
Il vaincra. Ils vaincront. Dans des torrents de scènes intelligentes et complexes, parfois sensuelles et légères, parfois lourdes et profondes, Christian et Maddie construisent un amour hors du commun. Une histoire qui vous fera rêver pendant des jours et des jours. De ce genre de roman que l'on voudrait apprendre par cœur pour se l'approprier en totalité. Un divin miracle.
L'auteur joue divinement avec nos nerfs. Vingt pages avant la fin, l'incertitude nous fait encore frémir ! Formidable vision finale de ces héros, enfin réunis, profondément transformés, mais pourtant identiques à eux-mêmes. A l'image du lecteur, sans doute, car une telle lecture ne laisse pas indemne. Comme quoi la littérature romantique recèle de purs chef-d'œuvres. A lire et à relire. Sans modération.
Il faut savoir que ce titre est une des romances préférés des lectrices d'outre-Atlantique qui ne cessent de le plébisciter depuis sa sortie. 
A quand la parution française?

 / 5

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