Une citation

UNE CITATION
A slow grin spread across Trent's face.
"I believe it's time for bed," he said conversationally.
"It's not even time for luncheon," she protested.
Her husband's smile hadn't a trace of that quiet darkness he usually carried with him.
"That was a ducal order," he clarified, eyes gleaming.
It was foolhardy to let him know how much she adored that commanding tone, so she just slipped from the table. He grabbed her arms.
My American Duchess - Eloisa James

vendredi 17 janvier 2014

For My Lady's Heart de Laura Kinsale

Tome 1 de la série "Medieval Heart"
Berkley Trade -  décembre 1993
Résumé éditeur (traduction everalice) :  La merveilleuse princesse, toute nimbée de mystère, se porta au secours du jeune chevalier - lui accordant ce faisant deux précieuses émeraudes. A partir de ce jour, il lui prêta allégeance...
Bien que Melanthe de Monteverde ait secouru le séduisant anglais, elle n'était pas capable de se sauver elle-même, n'étant qu'un pion dans un jeu d'intrigues et de secrets.
Mais l'homme qu'elle avait sauvé allait revenir pour elle - sous le nom de Chevalier Vert. Il tirerait son épée pour son honneur - et risquerait sa vie au nom de leur amour enflammé.

L'histoire
Deux émeraudes et un faucon gerfaut
Un autre temps. Le 14ème siècle.
Aux couleurs éclatantes. Habits multicolores de ces nobles ultra-puissants qui balayent des terres exsangues de leurs ambitions, de leurs colères et de leurs plus profondes peurs. Un monde de clameurs incessantes, meurtri par les vagues et les relents de la Peste Noire, traversé du vagissement des foules, ponctué par le pas lourd des chevaux de guerre, tout caparaçonnés de lourdes pierreries, vociférations  frénétiques des tournois, du cliquetis et du fracas féroces des armes, sous la clameur beuglante des trompettes. Un monde aux paysages laminés, de pluie, de boue, de neige, de silence et d'abandon.
Et tout à coup, une vallée miraculeuse s'ouvre devant nos pas, entre deux flancs de montagne, bercée de chants et de musique elfique... Parenthèse enchantée...
Sans oublier le son étourdissant des langues qui se croisent, latin, français, anglais et italien, ces langues qui se jaugent, se délient, se promettent, se menacent et se séduisent. Et ces goûts découverts, un bâton de sucre fondant sous la langue, ou un quartier d'orange.
Et puis cette poésie imagée et féerique, toute chamarrée de fantastique, bruissant d'animaux fabuleux et autres chimères... Dans la droite ligne des chansons courtoises, Ruck, le héros, se prête délicieusement à l'exercice dans une geste héroïque et fantasmée de quêteur de dragon... - une des scènes les plus étonnantes qui court sur plusieurs pages - face à une Melanthe enchantée... puis furibonde !
Tel est l'arrière plan de cette fabuleuse histoire. De ces arrières-plans qui vous restent en mémoire encore tout frissonnants de vie, un vrai kaléidoscope d'impressions. On y est.
Intrigues souterraines et soubassements politiques vertigineux étreignent la princesse Melanthe, veuve d'un prince italien épousé alors qu'elle en avait douze. Elle est prise en étau entre Royaumes italiens et ambitions anglaises, elle est puissante, volontaire, un rien cruelle, « froide comme l'hiver en son cœur ». Cette riche héritière glacée se débat héroïquement pour fuir tout ce qui la poursuit. Au point de manier le mensonge et les faux serments avec une expertise toute italienne, une cruauté fine et exquise qui préfigure la Renaissance italienne, en figure de madone au cœur si corrompu qu'elle a oublié jusqu'au sens même du mot « vérité ». Un séduisant caméléon.
I am always lying, Green man, she said, without taking her eyes from the distance. Always. Remember that I told thee. 
Quelle femme rare ! Je suis restée fascinée du début à la fin. Une femme qui se bat dans un monde cruel et sans pitié,  qui lutte pour sa vie, au sens propre du terme.
La fuite. C'est ce qui lie les deux héros. Et aussi le secours. Le serment. Le regret. La désespérance. La liberté. Et leur solitude. Car c'est l'histoire de deux solitudes qui se rencontrent. De deux âmes meurtries et héroïques. Qui s'attirent et se repoussent. Se meurtrissent. Qui se détestent. Se toisent. Deux héros troublants. Et un personnage masculin à tomber dans les pommes...
 For my lady's heart, he said. My life, my troth(truth) and my honor. For your heart I swear it, and none other. 
Ruck se dévoue totalement à elle ; le serment d'allégeance est vraiment perçu comme une partie intégrante de son âme.
Elle est haïe. Il est encensé. Elle est crainte. Il se soumet. Elle joue, elle tente, elle perd. Puis elle gagne. Lui, il perd tout. Il ne lui reste que sa loyauté et son honneur. Et l'aventure commence, puis continue... Il est son chevalier, à elle, rien qu'à elle. 
Ruadrick est un homme de pur honneur. Fidèle emblême du mythique chevalier des romans courtois, il s'est voué à sa dame. Celle qui l'a sauvé. Celle qu'il sauvera. Et qui le sauvera.
Impossible de le raconter, ce roman, tant il est foisonnant et vibrant. Tout simplement parce qu'il déborde de vie, d'énergie et de passion. Les événements s'enchaînent tant, sont si imbriqués les uns dans les autres, que le livre refermé, on s'étonne de ne pas les voir surgir des pages pour prendre vie au milieu du salon.

Mon sentiment
Les personnages sont passionnants, et très plantés dans leur temps, sans aucune de ces facilités modernisantes que l'on trouve dans toute romance moyenâgeuse. Ici, j'aurais presque envie de parler de roman médiéval : on parle (enfin, Laura Kinsale fait parler à ses personnages, un langage mâtiné de vieux termes ou de termes vieillis), on croit (on craint Dieu, la peste, les dragons), on honore (son suzerain, son roi), on combat pour vivre, on tue, on boit et on mange 14ème siècle... Et l'amour submerge les cœurs d'un véritable et bel idéal humain, bouillonnant de fierté et de courage. Car cette histoire d'amour est un torrent... De ce genre de torrent qui prend sa source dans un mince filet d'eau, et qui, de ruisseau en ruisseau, de rivière en fleuve, parvient à envahir chaque page du livre pour déborder dans les derniers chapitres. Extraordinaire.
Je n'aurais pas la prétention d'être exhaustive, ni sur mon ressenti, ni sur le contenu, ni sur ces innombrables qualités, tant littéraires que sentimentales. Depuis le temps que ce roman est sorti, j'ai cru m'apercevoir qu'il a suscité nombre de faramineux commentaires... plus que justifiés. Je n'ai pu qu'être à mon tour ensorcelée par un tel talent. Laura Kinsale enchaîne purement son lecteur, avec des personnages fouillés, qui se débattent et s'accomplissent dans l'honneur, la bravoure, au fil d'une étourdissante trajectoire. Ces héros extraordinaires souffrent, s'aiment, s'attirent, se combattent, en cherchant toujours à s'accomplir et à faire correspondre leur vie et leur destinée à des idéaux très élevés. Les relations qui se tissent entre Ruadrick et Melanthe ne cessent de s'enrichir et de se polir, jusqu'à se transformer en un joyau parfait de transparence et d'évidence. Magique.
Dans la suite, Shadowheart, parue en 2005, Laura Kinsale raconte l'histoire d'Allegretto, qui a 15 ans dans ce tome 1. Un ange ténébreux et diabolique, un être complexe et raffiné, proprement fascinant, «  a man with passions in him that he had kept dark and silent », un assassin au cœur d'acier, habité d'angoisses souterraines et d'éclairs insoupçonnés. Le 2ème tome a été récompensé avec le Rita Ayward de 2005. Il ne déméritera sûrement pas de ce premier tome, déjà fantastique !
C'est la note suprême...
     / 5


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